Goodbye, Montessori.

Quelle pédagogie choisir ? Par où commencer ?

Comme beaucoup de mamans ces dernières années, j’ai mis le pied dans les pédagogies alternatives par le biais de Montessori. Quand mon fils était bébé, j’ai trouvé dans cette démarche des consignes concrètes, du matériel calibré, quelque-chose de vraiment rassurant pour une maman débutante. Mais très vite, j’ai compris que je ne serai pas en mesure d’appliquer à la lettre une pédagogie désuète, vieille de plus d’un siècle, qui n’avait pas réussi à évoluer pour intégrer les découvertes récentes. Faire dormir mon nouveau-né avec une couverture, en sachant qu’il s’agit là d’un risque majeur de mort subite du nourrisson, est pour moi un conseil absolument irresponsable et je redoute le jour qui finira par arriver où une maman ayant perdu son enfant se verra contrainte d’intenter une action en justice pour protéger les autres bébés de tel conseils…

Plus mon fils a grandi et moins j’ai réussi à mettre en application les préceptes. Les présentations silencieuses, l’absence d’échange, de dialogue, de partage… tout cela allait contre mon instinct de mère et je n’ai jamais pu me résoudre à me comporter avec mon fils (intelligent, vif et curieux) d’une manière différente de ce que j’aurais fait avec n’importe quel enfant plus âgé ou adulte qui aurait eu besoin qu’on lui explique la même chose. Pourquoi le traiter différemment parce qu’il est petit ? N’est-ce pas là une insulte à son intelligence, complètement contradictoire avec le postulat de départ qui dit pourtant que les enfants sont capables ? C’est l’avis de Charlotte Mason et je dois dire que maintenant que je l’ai lu formulé ainsi, je ne peux que me rallier à son analyse, car tous les faits dans mon expérience de maman concordent.

Voici le raisonnement qui m’a poussé, il y a quelques semaines, à claquer la porte de la mouvance Montessori. Je n’ai pas tout rejeté bien sur, l’utilisation de matériel concret pour soutenir les apprentissages théoriques (comme les perles à compter) est réellement une aide puissante pour l’apprentissage. La poutre du temps est l’outil le plus merveilleux qui soit pour visualiser le temps qui passe et je vais continuer à utiliser et promouvoir ce matériel. Les jouets du Nido, très progressif, sont complètement adaptés au développement du nourrisson et là aussi, je reste convaincue de leurs bienfaits. C’est pour la tranche des 3-6ans que je trouve que les préceptes et le matériel ont tendance à enfermer l’enfant dans un fonctionnement « bébé » au lieu de l’aider à s’épanouir. Les enfants ont de bien meilleures capacités intellectuelles que ça, on le voit d’ailleurs avec l’avance dans l’utilisation du matériel : la tour rose est souvent proposée vers 2ans, les emboîtement cylindriques aussi (ce qui pose des problèmes de conception : les petites pièces présentent un réel danger d’étouffement, il est impossible de le laisser en libre accès quand on a un bébé qui aime porter les objets à la bouche).

Mon loulou en néonat, à l’âge de 11jours, en train d’observer sa main.

Quand mon fils est né, à l’instant où on me l’a posé sur moi, l’incroyable vérité m’avait sauté aux yeux. Il avait cessé instantanément de pleurer et me regardait avec un regard d’une profondeur incroyable. Il a regardé mes yeux, un à un, puis chaque détail de mon visage. Son regard bleu acier me dévisageait avec une intensité à laquelle je n’étais pas préparée. Il était. Ce n’était pas un être en devenir, un esprit vide qu’il allait se remplir, non, c’était un être humain, tout petit, mais parfaitement complet et doté d’une intelligence elle aussi complète. Ne lui manquait que l’expérience et les connaissances et déjà dans ce premier regard, il me posait des questions, cherchait à découvrir, à comprendre. Les premiers mots que j’ai pu prononcer on été « Euhhh… c’est moi, je suis ta maman… Oui, je ressemble à ça vu du dehors… » Et depuis cet instant, dans chacun de ses regards, j’y ai lu une question à laquelle j’ai tâché de répondre.

A quel moment un bébé devient-il capable de comprendre ce qu’on lui dit ? A quel moment les mots prennent-ils du sens ? Comment un bébé parvient-il à comprendre le sens de mots aussi intangibles qu’un verbe ? Il y a là un grand mystère, mais une chose est sûre, un bébé nous surpasse très largement dans l’apprentissage des langues. Sur ce point précis et mesurable, nous en avons la preuve : il est incroyablement plus intelligent que nous. Ne faudrait-il pas partir du postulat que cette intelligence supérieure est applicable également dans les autres domaines ? Pourquoi vouloir à tout pris simplifier les choses, alors qu’en face de nous, nous avons un être qui est à l’apogée de sa construction neuronale ? C’est à l’âge de 4 ans que le cerveau de l’enfant crée le plus de connexions et c’est à cet âge que le petit humain a les meilleures capacité de déduction et d’analyse pour traiter un nombre important de données statistiques : il construit ses connaissances dans la multiplication des expériences. La question se pose donc sur la pertinence d’employer un matériel calibré et simplifié : en réduisant le nombre de paramètres, on réduit le nombre de variations dans l’expérience et donc le nombre de résultats analysables… et de ce fait le nombre des apprentissages.

Prenons l’exemple d’un verre d’eau. Un enfant dans un environnement préparé aura une petite cruche pré-remplie, un verre en verre, petit et stable. Il apprendra à verser l’eau à la perfection avec ces outils adaptés. Un enfant qui apprends sur le tas aura une fois un verre en verre, une fois un gobelet en plastique, qui se renversera (tient, quand le verre est léger, ça se renverse… l’eau qui coule exerce une force), remplira depuis une bouteille et non une cruche (tient, quand on appui sur la bouteille, elle se déforme… ça peut être étanche, mais mou, les matériaux ont de multiples propriétés. Tiens, plus la bouteille est vide, plus c’est facile de verser… beaucoup d’eau, ça pèse plus que pas beaucoup d’eau : il y a un lien entre le volume et la masse). Parfois il remplira au robinet et se mouillera (tient, au bout d’un moment, ma manche est de nouveau sèche… l’eau disparaît ?), parfois il sera confronté à un problème insurmontable à son niveau (comment descendre du tabouret avec le verre… si je le garde en main, je ne peux plus me tenir… si je le pose sur l’évier, je ne peux plus l’atteindre une fois en bas). Si on le laisse chercher seul il risque de mettre en place des stratégies de contournement (je ne peux pas déplacer le verre, alors je bois sur place), soit on lui donne suffisamment d’indices pour l’amener à la solution qu’on a en tête pour lui faire gagner en connaissance en partageant avec lui nos propres expériences passées « et si tu le posais ailleurs ce verre, à un endroit que tu peux atteindre à la fois quand tu es en haut, et aussi quand tu es en bas ? Tu vois à quoi je pense ? Par exemple… sur le tabouret ? ». Et dès le lendemain, il mettra à profit cette nouvelle technique de déplacer les objets par pallier pour libérer ses mains quand il a besoin de grimper. On ne demandera jamais à un étudiant de redécouvrir e=mc², on déroulera devant lui le raisonnement qui a parmi d’en arriver là (qu’on est capable de comprendre mais qu’on aurait été incapable de retrouver seul). Alors pourquoi abandonner les enfants seuls face à leurs problèmes alors que l’on peut partager, leur transmettre ce que les autres hommes avant eux ont découvert ? Somme nous des animaux qui ont besoin de sélection les plus aptes à survivre seuls ou sommes nous des humains, capables de communiquer et de partager les connaissances ?

Certains ont peur qu’en donnant les réponses, on empêche d’apprendre à chercher, mais je pense qu’il s’agit d’une erreur, c’est en fait tout le contraire et je vais vous expliquer pourquoi. Observant un petit qui essaye de déplacer beaucoup d’objets et qui dépense une énergie folle, on pourra lui dire « tu sais, il existe une technique plus pratique et rapide que de faire plein d’aller et retour ». Il va réfléchir, demander un indice… « tu as le droit d’utiliser un objet ». Si il ne trouve pas, on le guide jusqu’à la réponse « ça se range dans quoi un objet qu’on transporte ? Dans un paaa… » Et à un moment on verra un sourire s’allumer et il partira en courant chercher un panier, et réussir son « défit ». Ce dialogue aura titillé son intellect, l’aura mis en situation de réflexion et l’expérience acquise ainsi lui permettra de faire de lui même cette gymnastique mentale quand il sera confronté à un problème (et plus il grandira, moins il aura besoin d’aide, il suffira de formuler la question et de lui indiquer qu’une solution existe). Un enfant à qui on montre l’exemple en silence, en cherchant un panier et en rangeant à côté de lui, n’aura appris qu’à déplacer les objets efficacement. Il n’aura pas appris à résoudre un problème autrement qu’en observant quelqu’un… donc au final en attendant qu’on lui donne (non verbalement) la réponse !

Je n’ai jamais beaucoup aimé le mantra Montessori « Apprends moi à faire seul ». La solitude n’a rien à faire dans l’éducation… si on laisse un enfant se débrouiller seul, on ne l’accompagne pas. Je sais que c’est très à la mode de regarder son bébé tomber, pleurer et le laisser se relever seul… c’est cohérent du point de vue d’un éducateur mais ça ne l’est pas d’un parent. Un bébé à besoin de savoir que ses parents seront toujours là pour lui tendre la main, au sens propre comme au figuré, il en a besoin pour se construire affectivement. Un enfant qui apprends à marcher en tenant la main de sa mère marchera plus tard, ne saura pas aussi bien tomber. C’est vrai, il lui faudra un peu plus de temps pour être aussi dégourdi mais il finira par y arriver : tous les adultes savent marcher sans tomber. Mais il aura grandit dans une sécurité affective et se sera construit un équilibre psychique qui l’aidera pour toute sa vie. Il est facile de rattraper une lacune de développement moteur : l’équilibre, la force… sont des choses tangibles, mesurables et avec un entrainement approprié les progrès sont rapides. Les angoisses, les cauchemars, les crises de colère sont des choses complexes, peu visibles et pour lesquels nous ne savons que rarement comment apporter une aide. Si on a peur de ne pas trouver le juste milieu, à mon sens il vaudra toujours mieux aider un peu trop que pas assez…

Pour conclure cet article, j’ai envie de formuler un nouveau mantra « Pour apprendre, faisons ensemble. »

2 Replies to “Goodbye, Montessori.”

  1. Juste pour dire qu’il est bien dommage que votre rencontre avec Montessori se soit faite soit avec les mauvaises personnes, soit avec de mauvais ouvrages. Je ne reconnais pas ce que vous décrivez comme pédagogie Montessori. C’est tout le problème de l’immense publicité qui lui est faite actuellement: elle est beaucoup trop mise en avant par des gens qui ne la connaissent pas suffisamment ou la comprennent mal. Et ce sont souvent ces personnes qui ont le plus d’audience.
    Bon cheminement dans la pédagogie Mason (qui est une belle pédagogie aussi mais qui a ses rigidités, vous les verrez certainement en cheminant), mais s’il vous plaît ne dites pas que Montessori ne voit pas l’intelligence de l’enfant ni qu’elle le laisse seul.

    1. Il ne s’agit pas de personnes, mais de mouvance générale. Partout sur internet on voit fleurir des minis cuisines pour reléguer les enfants loin du plan de travail des adultes, des minis-lavabos, une autre table à côté de celle des adultes pour prendre les repas… mais où est la vie de famille dans tout ça ? Autant pour une école, une cantine, ces choses ont du sens, autant pour une maison, pas du tout. Montessori est une pédagogie scolaire. La transposition telle quelle à un quotidien, qui plus est dans une famille à enfant un unique, ne fonctionne juste pas. Et jusqu’à preuve du contraire, je n’ai jamais rencontré un adulte élevé selon les principes montessori qui soit la personne que je rêve que mon fils devienne. Est-ce biaisé parce que les enfants envoyés dans ces établissements privés il y a 10-15ans avaient échoués là après avoir été sorti du système scolaire scolaire classique pour des raisons adaptabilité ? C’est probable. Mais clairement, ça ne leur a pas permis de devenir des êtres empathiques, ouverts, généreux et attachés à leur famille. Ils sont tous profondément indépendants, obstinés et intransigeants (ils iront dans la direction jugée « idéale », même si cela porte préjudices à d’autres personnes…). Parfait pour devenir médecin (soigner la pathologie sans être touchée par la souffrance du patient), militaire (sacrifier quelques vies pour en sauver beaucoup d’autres) ou chef d’entreprise (en visualisant tout, inerte ou vivant, comme des ressources dans un schéma mathématique optimisable). Pas étonnant que facebook et amazon aient été créé par des montessorien… mais pas sûr que cette logique brillante mais vide de sentiments soient ce qui fasse avancer le monde dans le bon sens…

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