Janvier touche à son terme. J’aimerais dire que le mois a été placé sous le signe de l’introspection, de la réflexion… mais de manière plus prosaïque il aura surtout été placé sous le signe des maladies de l’hiver. Fièvre et toux auront été notre principal leitmotiv avec pour moi un Covid bien frappé dont je n’arrive pas encore à sortir complètement.

Cette année, la neige aura été au rendez-vous. L’épais manteau blanc a magnifié la ville des jours durant. Sous sa blancheur immaculée, il était presque aisé d’oublier la grisaille du béton. Même si j’ai la chance d’habiter dans un quartier privilégié, où les jardins ont été préservés, “la ville” me pèse de plus en plus. Chaque année voit son lot d’abattages massifs. Ici, 30 arbres magnifiques pour construire une piste cyclable, qu’au vu de la déclivité, personne ne sera en mesure d’emprunter sans avoir recours à un moteur (“écolo”, car électrique, mais un moteur reste un moteur…). Un peu plus loin quelques arbres pour “rénover un parking”, et le transformer en fournaise pour gratter quelques places pour qu’il soit toujours plus facile de venir acheter des choses inutiles. Là encore, un arbre absolument gigantesque, magnifique, mais jugé trop proche d’un bâtiment. Les petits maigrichons souffreteux qui les remplacent dans des parcelles aménagées d’un mètre carré survivent un an ou deux… puis dépérissent. Les mauvaises herbes tentent de prendre le relais, jusqu’à ce que le béton finisse par tout recouvrir. À quand la fin du massacre ? Ironie ultime, le dernier bosquet d’arbres de l’hôpital, face au service de psychiatrie, qui abritait encore un pic épeiche, quelques mésanges et une famille de chats retournés à l’état sauvage sera rasé au bulldozer cet été… pour agrandir le service lié aux troubles psychiatriques (eux même provoqués, j’en suis persuadée, par cette déferlante de béton).

Je ne vous cache pas que j’ai aussi eu envie, très envie, d’envoyer balader pour de bon smartphone et autres poisons numériques. En fait, je l’ai fait, dans un gros accès d’angoisse/dépression j’ai effectivement fracassé le bidule. Dans un gros cruitch, l’écran a rendu l’âme et je me suis sentie libre et heureuse, bien décidée à le remplacer par un Nokia minimaliste qui ne pourrirait plus la vie. Jusqu’à ce que la banque m’informe qu’il était impossible de valider ma commande sur le site de Nokia ou de commander un nouveau chéquier sans l’application smartphone o-bli-ga-toire. J’ai attendu aussi longtemps que possible, mais j’ai été obligée de capituler. Me voilà donc repartie avec un nouvel engin diabolique, un peu plus simple que le précédent, la surenchère des fonctionnalités inutiles ayant visiblement pris fin au profit d’une meilleure autonomie de la batterie.

Je suis usée des agressions multiquotidiennes de notre société de surconsommation et d’instrumentalisation politique. Usée d’être matraquée par un très subtil lavage de cerveau qui me fait croire que le salut et le bonheur ne pourront se trouver que dans l’achat compulsif de quantités d’objets inutiles. Usée de voir le monde tourner dans le mauvais sens et tout le monde suivre, sans y prêter vraiment attention, le même mouvement. Qu’il est difficile de résister à la tentation de participer à cette espèce de grande fête nombriliste ou l’existence se résume à “je publie donc je suis”. Paradoxe de lire ça, puisque je viens de le publier ? Oui et non. Je tente une entrée en rébellion par un retour aux sources. Un retour à une époque où l’accès à l’information, la mise en place de communautés était au cœur d’échanges positifs et vertueux. Internet d’avant les réseaux sociaux et surtout, d’avant les algorithmes qui décident à notre place ce que l’on verra et ce qu’on ne verra pas.

Je ne veux plus me contenter de balancer des images. Et pire, de subir des images. Des images isolées, tronquées, magnifiées, tellement loin de la réalité que leur seul pouvoir devient celui de détruire le moral de celui qui les regarde. Même si on sait que c’est faux… même si c’est fait avec de bonnes intentions de transmettre des valeurs positives… on ne peut s’empêcher de comparer. Et de se demander pourquoi on est si nul là où tout le monde est si doué. Je veux revenir aux mots, qui, grâce au filtre de l’esprit, provoquaient moins de maux.

Je vous listerai bien mes “bonnes résolutions”, mais je me connais, je ne vais pas les tenir. Je ne les tiens jamais. Mon linge est toujours en désordre. Je ne mange toujours pas bio (en dehors de quelques produits). J’ai beau faire, je n’y arrive pas ! Alors je vais plutôt publier de temps à autre un bilan des choses accomplies et dont je suis fière. Probablement pour rassurer mon ego, “moi aussi je peux”, et peut-être pour essayer d’entraîner dans mon sillage d’autres âmes égarées qui souffrent autant que moi de ce que vivre en 2024 signifie.

Chardonneret élégant sur une branche de cerisier givrée. Arrière plan de pelouse enneigée.
Chardonneret élégant

En janvier, j’ai : 

  • inscrit mon jardin comme refuge LPO, et nourri les oiseaux pendant les grands froids
  • lu un bon paquet de livres, tous d’occasion (Le meurtre du commandeur T1&2 – Murakami Haruki, Le chat qui disait Cheese, Lillian Jackson Braun, Ecoute le chant du vent & Flipper 1973 – Murakami Haruki, La course au mouton sauvage – Murakami Haruki). Ma boutique préférée en la matière reste Gibert Joseph, les occasions sont le plus souvent en excellent état.
  • réorganisé mon frigo avec des contenants lavables façon tiroirs (des boîtes de conservation en verre – achetés chez Ikea qui les vend sans couvercle) pour améliorer l’hygiène sans avoir à me battre avec les grandes clayettes en verre impossible à faire rentrer dans l’évier
  • désinstallé les applications de réseaux sociaux de mon smartphone. Si je veux les consulter désormais, ce sera uniquement sur l’ordinateur qui lui n’est pas allumé en continu, loin de là. L’impact est radical : au lieu d’avoir juste à tendre la main je dois me lever, rallumer l’ordi, faire la recherche… le temps de faire tout ça la compulsion est passée et je peux me lancer dans une activité plus intéressante.

Si une idée vous plaît, piocher dedans. Et garder toujours en tête que tout autour de ces jolis accomplissements, il y a une panière à linge qui déborde, un plat surgelé dans le congel pour un soir de flemme et qu’aujourd’hui, je ne me suis habillée qu’en début d’après-midi. Les supers héroïnes existent peut-être, mais moi, je n’en suis pas une.

Un commentaire

  1. Mais quel bonheur, cet article, et comme il fait écho en moi !!

    Oui, il faut revenir aux blogs – et clairement, même si le public veut du rapide et du visuel, je pense que nous avons une mission, nous autres blogueuses : é-cri-vons !! L’analyse que tu publies aujourd’hui n’aurait pas pu s’épanouir sur IG en 2200 caractères max … ;-)
    Moi aussi, je veux “revnir” au blog, même si c’est plus long, et même si c’est plus ingrat (pas de likes, ha ha !).
    Je me suis inspirée de tes petits pas, et j’ai désinstallé mes applis … IG sur ordi, c’est parfait ! ;-)
    Mon petit pas à moi, ça a été de remettre une liste de blogs que j’aime en marge du mien. Pour soutenir tous ceux qui prennent le temps d’écrire. Et tant pis, si certains blogs sont un peu à l’abandon, car dans un blog, rien de se périme jamais. Pas “d’actualité”, mais des archives à explorer … BONHEUR !! <3

    Pour le moment, il n'y a pas grand chose dans ma liste, mais bien sûr, ton blog en fait partie. Quels blogs lis-tu que j'aille y faire un tour ? <3

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