Charlotte Mason

Vous avez sûrement déjà entendu le nom de cette pédagogue anglaise du XIX° siècle, mais comme la majorité des francophones, vous n’avez pu glaner que peu d’information au sujet de cette pédagogie : ses livres n’ont jamais été traduit dans notre langue. Heureusement pour nous, Laura Laffon (du blog petitshomeschoolers) s’est attelé à la tâche et à auto-publié un livre traduisant, résumant et expliquant les grandes lignes de ce courant pédagogique. Je ne sais pas si c’est le biais de cette adaptation qui a rendu cette pédagogie aussi moderne et visionnaire, mais en tout cas elle colle complètement avec notre quotidien.

Il n’est pas aisé d’en expliquer les principes, car c’est une pédagogie d’idées et non pas de matériel ou d’exercices.

« L’éducation est une atmosphère »

Charlotte Mason rejette les environnements préparés et adaptés spécialement pour les enfants, tout ce qui les confinent dans en dehors de la vraie vie. En ce point c’est assez radicalement opposé aux préconisation de Maria Montessori, mais dans les faits grand nombre de montessorien ne vont pas construire une mini cuisine pour leur enfant et au contraire lui fournir une « learning tower » pour accéder au plan de travail des adultes (c’est ce que j’ai moi même fait). Ce qui finalement est bien plus Charlotte Mason que Montessori. J’ai pu observer comme mon fils a pris grand soin de rejeter tous les équipements qui lui étaient spécifiquement destinés : il n’a jamais voulu faire sa toilette dans le mini lavabo et a préféré utiliser un marchepied pour atteindre notre lavabo familial, il n’a jamais voulu utiliser le réducteur des toilettes et préfère jouer les équilibristes sur le siège adulte etc.

L’environnement ne doit pas être surchargé et être composé de beaux objets. Là, toutes les pédagogies se rejoignent, que ce soit Montessori, Waldorf ou Charlotte Mason, la qualité prime sur la quantité. C’est souvent difficile à maintenir en Montessori ou la liste d’équipement et de matériel est gigantesque… Charlotte Mason rejette de manière assez abrupte le matériel pédagogique destiné aux enfants, qui « insulte leur intelligence » en leur proposant des exercices simplifiés et sans intérêt. Une fois de plus je ne peux que lui donner raison : 90% du matériel Montessori n’a jamais retenu l’attention de mon loulou au delà de la première présentation. Hormis le globe rugueux, la poutre du temps et les perles à compter (que j’utilise en fait moi même, mais dont je ne saurais me passer, car c’est extrêmement pratique pour représenter les quantités dont je parle) le reste du matériel a très peu servi. J’ai complètement arrêté d’en acheter : mon fils n’ayant aucun problème de compréhension il n’a pas besoin d’un matériel calibré et peut parfaitement acquérir les notions voulues avec les objets du quotidien, même lorsque ceux-ci sont bariolés ou disparates. Je dirais même plus : il apprends mieux avec les objets du quotidien ou des loose part reggio. Le matériel scolaire est fade, plat… des jetons tous identiques sans âme seront bien moins intéressant à dénombrer que de jolis cailloux tous un peu différents.

L’atmosphère, c’est bien plus qu’un joli intérieur. La nature est omniprésente dans cette pédagogie et selon les préconisations les jeunes enfants devraient passer 6h par jour dehors lorsque c’est possible et au strict minimum une heure. Pas toujours facile à respecter, j’ai beau être intiment convaincue de la nécessité de ce lien avec la nature, je ne le met que rarement en pratique : soleil brûlant ou pluie torrentielles, je rechigne à m’exposer aux éléments (et par chez moi, la nature manque de mesure : c’est un peu tout ou rien). Mais je mets un point d’honneur à faire les trajets pour l’école à pieds, ce qui nous fait 4x 15minutes de marche par jour. Cette promenade, toujours le long du même chemin, nous permet d’observer l’évolution de la nature, les premiers bourgeons, les floraisons, les escargots et le chant des oiseaux. Même en ville il y a de belles choses à regarder simplement dans les jardins qui bordent les rues :)

« L’éducation est une discipline »

Charlotte Mason, condamne les châtiments corporels et a un vision que nous qualifierions de bienveillante, malgré tout elle n’a pas peur de relever la nécessité de l’apprentissage de la discipline. On entends ici par discipline plusieurs choses, comme dominer ses émotions (ce travail se fait chez nous par la parole, nous essayons de mettre des mots sur ces émotions), développer ses facultés de concentration, et… obéir. L’obéissance doit être obtenue par l’adhésion, en expliquant pourquoi il faut faire les choses et jamais par la menace ou la manipulation. J’avoue avoir été grandement soulagée de voir enfin mes idées clairement exprimées, car j’ai souvent été taxée de « malveillance » (bah oui, de la non bienveillance…) pour ne pas avoir laissé mon enfant libre de faire toutes sortes de choses comme étaler sa nourriture sur la table, escalader les meubles ou crier dans la rue. Dire non à un enfant, c’est lui apprendre ou sont les limites et ces limites sont la base du respect des autres. Ce n’est pas une domination, c’est un plutôt cadeau qu’on lui fait : on l’aide à trouver sa place. Et plus prosaïquement, si on ne place pas assez de limites, le jour ou il aura besoin, pour se construire, d’en transgresser, il se retrouvera immédiatement à transgresser une limite grave (type consigne de sécurité) alors qu’un enfant qui a un cadre plus strict pourra se délecter en transgressant – avec parfois la complicité de ses parents – de toutes petites choses : courir nu dans la maison, sauter sur le lit, manger un bonbon alors qu’il est plus de 17h… ça peut sembler anecdotique mais de telles transgressions procurent un bonheur incroyablement supérieur à l’autorisation de faire ces choses n’importe quand. Il suffit d’écouter les gloussements de rire et de regarder les yeux pétiller pour s’en convaincre.

« L’éducation est une vie »

L’éducation n’est pas quelquechose qui se pratique en un lieu donné et en un temps donné. Tout est prétexte à découvrir, à aiguiser sa curiosité et ce à tout âge. Je n’ai jamais autant appris, sur tout, que depuis que j’ai (re) commencé à regarder le monde avec curiosité. C’est un cadeau merveilleux que m’a fait mon fils, de raviver cette étincelle. A ses cotés, je découvre des univers jusque là inconnus pour moi (comme la mythologie grecque, sa passion du moment) et j’y prends un plaisir immense. Le bain de connaissances, riche et varié que préconise Charlotte Mason est quelquechose qui transporte la famille toute entière.

Un autre point clef de cette pédagogie est l’utilisation de « living book » à la place des manuels scolaires. Les manuels scolaires sont insipides, rébarbatifs. Elle parle de « données sèches » et c’est exactement ça. Qui a le souvenir d’avoir lu avec passion un manuel d’histoire ? Absolument… personne. Mais combien de milliers de jeunes lecteurs ont dévorés Les trois mousquetaires ? Il s’agit pourtant bel et bien d’une leçon d’histoire. Et si le livre déclenche une avalanche de questions, il sera toujours temps de partir en quêtes de faits plus précis dans des ouvrages spécialisés. Les livres écrit par des passionnés sont toujours bien meilleur que les manuels écrit dans l’optique de simplifier et de résumer, car la passion est contagieuse. Le choix des livres est donc primordial : nul besoin d’être expert dans un domaine pour l’enseigner, il suffit de savoir sélectioner le bon livre écrit par le véritable expert.

Là aussi, j’avais empiriquement constaté les choses. Les ouvrages trop proches d’un manuel n’ont jamais eu grâce aux yeux de mon loulou. Il aime les livres bien écrits, bien illustrés, dont la lecture est fluide (pas des tas de petits phrases disparates dispersées aux quatre coins des page). La collection P’tit Docs a un succès immense à la maison pour cette raison : tout y est raconté comme une véritable histoire, avec de jolies phrases et des illustrations pleines de charme (les personnages font des mimiques très vivantes que mon fils aime imiter). Les romans sont de formidables outils pédagogiques souvent sous-estimés et permettent de découvrir le monde, la culture, l’histoire ou même la physique et la botanique, le tout sans aucun « travail ». Charlotte Mason préconise de faire la lecture à l’enfant jusqu’à l’âge de 8ans, pour qu’il ne soit jamais bridé dans ses découvertes par un trop grand effort à fournir dans l’acte de lire lui même.

Il resterait encore tellement à dire… la narration, les mathématiques (à priori très proche de la méthode Singapour !), son approche des arts, l’importance d’une langue étrangère dès le plus jeune âge. Le but ici n’est pas d’être exhaustif, mais simplement de vous faire partager mon coup de cœur. Si vous avez envie d’en savoir plus, je vous invite à lire vous même le livre, qui ne se trouve malheureusement que sur le grand méchant Amazon, ici.

A priori je dirais que cette pédagogie est complètement compatible avec Steiner-Waldorf et Reggio et qu’avec quelques menus ajustements, certains concepts de Montessori doivent pouvoir être intégrés également. Quand j’aurais pleinement digéré ma lecture et que j’aurais trouvé comment mettre toutes ces belles idées en pratique, je vous promet de publier quelques billets plus concrets sur cette pédagogie :)

3 Replies to “Charlotte Mason”

  1. Bonjour,
    Je suis très heureuse de voir que vous postez à nouveau…
    Je m’excuse de ne pas pouvoir partager avec vous car je ne sais plus où donner de la tête avec mon boulot d’indépendante et mes 2 filles de presque 5 ans et presque 2 ans qui sont scolarisées à la maison.
    Coraline qui a pratiquement le même âge que votre fils a accroché à pratiquement toutes les activités que vous avez proposées et je vous en remercie car cela me facilite grandement la tâche.
    Pourrais-je abuser de votre gentillesse en vous demandant quels sont les ouvrages et matériel que vous utilisez pour lui apprendre la mythologie.
    D’avance merci pour tout.
    Je partage pleinement votre sensation d’apprendre à redécouvrir le monde avec mes 2 filles ainsi que le plaisir éprouvé.
    Delphine

    1. Le point de départ a été l’histoire du Minautaure lu par le maître à l’école. Je ne sais pas quelle édition il a utilisé, je sais juste que ce n’était pas une version illustrée, je pense qu’il s’agissait carrément du texte original. Pendant notre escapade Londonienne nous avons admiré les frises du Parthénon et de beaux vases grecs (quel enfant pleure de déception dans un musée car il voulait voir un vase précis avec le minautaure et que le musée n’a pas le bon… tsss ^^ celui montré par le maître se trouve finalement au Louvre, nous lui avons promis d’y aller !)
      Nous avions déjà les deux livres de la collection « Mes p’tits mythes » sur Jason et sur Hercule et les écuries d’Augias. Les écuries d’Augias ont d’ailleurs été choisies par mon fils comme livre à emporter à l’école (les élèves ont le droit d’amener un livre qu’ils aiment pour que la maître le lise à toute la classe). Le livre que nous avons trouvé à la bibliothèqhe et qui a été lu, relu et rerelu est celui-ci : https://livre.fnac.com/a9610231/Helene-Kerillis-Le-cheval-de-Troie. Illustré de beaucoup d’images même si c’est un livre de poche, bien écrit. Nous avons un cheval en bois décoratif (un dala horse suédois) dans le salon qui a été utilisé avec les units blocks pour rejouer inlassablement l’histoire avec une poignée de playmobils.
      J’ai ensuite cherché un livre racontant l’Odysée, si possible un peu moins sanglant que dans le texte. J’ai trouvé un kididoc d’occasion « Les aventures d’Ulysse » qui est plutôt bien dosé et dont les pages en pop-ups ont beaucoup de succès.
      Le livre « La mythologie grecque » dans la série petites encyclopédies (la suite des petits docs) offert par mamie est indigeste. Un vrai manuel scolaire, une litanie de personnage et des références à des choses qu’un enfant de 6ans (âge indiqué par l’éditeur) n’a que peu de chances de connaître. Pour moi c’est un flop.
      Je suis encore à la recherche d’un vrai beau livre, qui corresponde à la définition d’un living book. Elsa du blog Coquelipop aime beaucoup « MYTHES GRECS POUR LES PETITS » des éditions Usbornes, je vais peut-être m’orienter vers ça. Où alors carrément essayer de proposer des passages des textes originaux, ne l’ayant jamais lu moi même je ne sais pas si c’est un style suffisamment moderne pour être compris par un jeune curieux – à voir.
      A l’anniversaire en juillet j’ai prévu d’offrir les deux playmobils de dieux grecs en playmobils (Zeus et Athéna) que j’ai pu commander en Grèce sur ebay :)
      Voilà pour le moment, mais je pense que nous continuerons à creuser le sujet.

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